Mes coups de cœur du TEFF
Du 6 au 9 novembre de cette année, c’était le TEFF (The Extraordinary Film Festival) et c’était trop bien. Le TEFF, c’est un festival de films, courts et longs métrages centrés sur le handicap, d’une manière ou d’une autre.
Avant tout, j’estime que je dois néanmoins préciser une chose importante ; je suis une personne valide et, par conséquent, j’ai regardé les films sous le prisme d’une personne valide, mais sensibilisée. J’y suis allée avec mon fiancé qui, lui, est malade (invisible) chronique. Autre précision : je ne me considère pas comme une aidante.
Donc, revenons-en au sujet. Nous avons été au festival de Namur 3 jours sur 4. Nous nous sommes également incrustées à une séance délocalisée à Bruxelles pour regarder quelques films que nous n’avions pu voir. J’ai eu quelques coups de cœur que j’ai envie de vous partager. Sachez aussi que je ne suis pas cinéphile.
Les borgnes sont rois
Ce court-métrage de 6 minutes est saisissant. On suit Youcef, un homme aveugle qui doit traverser Paris pour retrouver son date, Caroline. Alors déjà, il essaie d’appeler Caroline via la commande vocale de son iPhone qui pète un plomb et ne comprend rien à ce que le protagoniste raconte. Dans le métro Parisien, on le voit compter le nombre d’arrêts pour ne pas rater le sien, demander à une Parisienne si on a passé telle station.
Plot-twist ; cette dame dit avec un bel accent français que c’est une touriste. Il précise alors qu’il est aveugle et elle accepte de l’aider. Certainement par culpabilité. Quand Youcef sort, une personne random le prend par le bras en mode « vient, tu vas rater ton métro ». Il était enfin dans la bonne station. La fin est… wow. Il arrive au restaurant en appelant Caroline pour lui dire qu’en réalité, il est aveugle. Elle s’en doutait.
Et là, l’écran devient noir. On les entend, Youcef et Caroline. On connaît la voix de cette dernière. On ignore à quoi elle ressemble.
De tous les films que j’ai vu, c’est lui qui m’a laissé ce sentiment de pas assez, qui arrive à me mettre réellement dans la peau de Youcef, qui désire vraiment savoir à quoi ressemble Caroline. J’ai vraiment beaucoup aimé.
Qui brille au combat

Difficile de parler de ce film car il était en avant-première. Il sort au cinéma le 31 décembre. Celui-ci est inspiré de la petite sœur de la réalisatrice Joséphine Japy, qui a un handicap sévère. On suit Bertille et sa famille, cette tranche de vie qui pose un nouveau diagnostique, qui redéfinit la suite, répond à certaines questions, en pose d’autres. L’éloignement du père, la grande sœur qui se réfugie dans une relation toxique, etc. Vraiment très beau.
Pour des raisons de consentement sur certaines scènes, comme celle de la noyade, iels ne pouvaient demander ça à une personne réellement handicapée. Le rôle de Bertille est joué par Sarah Pachoud, qui est valide. J’étais un peu déçue en l’apprenant, mais vu le film, ça se comprend totalement. Ah! et aussi : Mélanie Laurent. ❤️
Je mettrai à jour cet article lorsque la bande-annonce du film sera disponible. ☺️
Marion et la métamorphose
Il s’agit ici d’un documentaire d’une artiste belge qui apprend avoir la dystrophie facio-scapulo-humérale (FSH), une maladie génétique rare, qui touche également son père et sa sœur. Ce diagnostic va lui permettre de se réinventer, d’évoluer. Une métamorphose intime et humaine, entre pièces détachées et Giacometti.
Je n’ai pas envie d’en dire davantage tellement je trouve ce film artistique. Vous pouvez consulter le teaser ainsi que les prochaines diffusions, voire le louer depuis le site internet de la co-réalisatrice, Marion Sellenet.

C’est également elle qui est l’autrice du logo de cette édition du TEFF, à savoir le collage de fleurs, objectifs et fauteuil roulant que vous pouvez voir sur la couverture de cet article.
Zomervacht (Un été entre frères)

Une fiction compliquée, celle-là. Déjà, et c’est assez rare de le souligner, les protagonistes du film sont de la classe populaire (voire pauvres), et j’ai trouvé ça très juste. La mentalité du daron, le souhait de s’en sortir du cadet — Brian. Dans ce film, le père, qui est ferrailleur, a l’opportunité de se faire du fric en reprenant son fils, Lucien, handicapé physique et mental (qui est joué par Joel In’t Veld qui est réellement à mobilité réduite, mais loin d’avoir un handicap mental !) pendant un mois. Il en va même à squatter la maison de son ex-femme pour montrer à l’assistant·e social qu’ils peuvent le gérer durant un mois.
On suit les péripéties de Brian et Lucien pendant ce mois, comment ils cohabitent, comment leurs liens se tissent. Un très beau film sur un été entre frères.
Vous pouvez le voir sur le site de la NPO si vous comprenez le néerlandais. Il est aussi disponible sur AppleTV, Youtube, mais je n’ai malheureusement pas trouvé de sous-titres francophones.
Pedibus
Malgré les films présentés ci-dessus, celui-ci est un peu hors catégorie. Il met en scène une jeune femme en chaise roulante (manuelle) qui attend son bus. Sauf que c’est casse-couille : il faut s’arrêter, descendre le côté droit du véhicule, sortir la rampe, laisser monter la personne (qui bouscule tout le monde), fermer la porte, rentrer la rampe et, enfin, partir. La conductrice du bus est blasée.
Par conséquent, elle ne prend plus la personne en chaise. À plusieurs reprises. Donc, elle va s’entraîner à rouler plus vite que le bus. Et après avoir suivi un entraînement digne de Saitama, elle course le bus qui… tombe dans un ravin. Elle finit par tracter le bus et, puis on voit qu’elle a un baiser d’une autre passagère sur qui elle a crush. Oui, c’est le seul film lesbien que j’ai vu au festival. Et j’étais très heureuse. Après l’incident, ce n’est d’ailleurs plus la même conductrice.
C’est un film léger, mais avec une problématique réelle pour les personnes en chaise. Il est très court (quelques minutes à tout casser), mais vraiment tendre et agréable à regarder.
Les films que je n’ai pas aimés
Je suis plutôt bon public en réalité, mais les films comme les livres, il y a des sujets qui me font bondir. Malgré tous les films que j’ai pu visionner, certains m’ont posé un problème.
En tongs au pied de l’Himalaya
Le dernier d’Audrey Lamy (que j’aime pourtant fort) qui parle plus de parentalité de vivre avec un enfant autiste plutôt que l’expérience de l’enfant lui-même. Un sentiment de frotter la salle dans le sens du poil, de rassurer les parents. Ou alors, c’est parce que je ne suis pas parent que je n’ai rien compris — c’est possible aussi.
Le loup et la chatte
J’ai des frissons rien qu’en écrivant ce titre. Le gamin — Dylan – est malentendant, en vacances avec Léa, qui demande qu’il arrête de l’appeler Léa. Le film est tellement… Comment dire, ambigu, malaisant, bref, problématique. Dans la tente, le protagoniste chatouille Léa et à un moment fini par embrasser son ventre et fini à l’intérieur de ses cuisses et elle finit par réagir en lui gueulant dessus en lui disant que c’est sa mère. C’est quoi le propos du film, sérieux ? J’ignore si le sujet est de la surdité ou si le réal a voulu montrer un gamin faire une agression sexuelle sur sa propre daronne. 🤢
Conclusion
Pour conclure, j’aimerais remercier maon chéri de m’avoir fait découvrir ce festival. Ça fait des années que j’en entends parler et j’ai — enfin — eu l’occasion de le voir. Fait autant extraordinaire que les gens que j’ai pu croiser ; je n’ai pas versé une seule larme. Il y a plein de films que j’ai aimé et que je n’ai pas listé ici ; Palestine Islands, Sorda, De sucre, Hola Frida !, etc. Essayez de les voir, l’un ou l’autre, ça en vaut le coup.
Merci au TEFF d’exister aussi, et de donner la parole aux personnes concernées. Elles sont bien trop invisibilisées dans nos vies.